Maple Waves – Chronique sur Paris-Move

Si la feuille d’érable est bien l’emblème du Canada, le violoncelliste Timothée Couteau n’a pas choisi cette essence arboricole dans une démarche partisane (au regard du litige qui oppose le pays de Leonard Cohen et Charlebois à celui de l’Agent Orange et de ses douaniers), mais en hommage intime à celle dont est conçu son instrument. La plage titulaire qui ouvre le ban évoque l’existence intrinsèque de l’arbre avant son abattage. Moment funeste que relate ensuite “Night Of The Wolves” (les bûcherons opérant à la pleine lune), après l’angoissé “The Tree’s Last Crack” (où les pizzicati résonnent comme le tic-tac d’un inexorable compte à rebours). Après un ultime regard sur sa vie terrestre (“The Life Before”), la matière boisée endure le traitement aussi passionné que minutieux que lui réservent le menuisier et le luthier (“Cutting The Curve”, “Logistics”). La variété utilisée pour la fabrication du violoncelle s’avérant l’érable ondé, Timothée se plaît à célébrer, au fil de ce splendide album, sa renaissance sous la forme d’un instrument de musique parmi les plus sensibles. Et de “The Dreaming Instrument” à “The Cello’s First Sigh”, en passant par “Varnish Reflection” et “Woodscape”, c’est ce processus d’immanence et de résilience qui nous est ici conté. Intégralement instrumental, le recours aux procédés numériques y complète avec pertinence l’exécution acoustique, et entre Gabriel Yared, Éric Serra et Yann Tiersen, cette œuvre hautement émouvante trouverait sans doute bon emploi à accompagner un film. Mais elle s’avère déjà tellement évocatrice de sensations puissantes que les images éclosent spontanément sur l’écran imaginaire de l’auditeur… Enfin une raison tangible de croire en la réincarnation.

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, September 5th, 2026